Histoires à succès sur le foncier/Caritas Luxembourg

Cellule de Communication | 4 décembre 2020 | 0 | À la une , Justice et Paix

Goma, le 04 decembre 2020 (caritasdevgoma.org) – Avec les groupes de plaidoyer foncier initiés par la Caritas Goma, l’amélioration des conditions d’existence et la consolidation des mécanismes communautaires de gestion pacifique des conflits fonciers se démarquent à travers les histoires à succès suivant :

 

Mbusa Lukombola Anicet

Je m’appelle Mbusa Lukombola Anicet, âgé de 22 ans, marié et père de deux enfants dont une fille et un garçon. Je travaille dans un salon de coiffure ici à Kako dans le territoire de Rutshuru.

Depuis onze ans, je suis orphelin de père et de mère. Mon Père, après sa mort, nous a laissé un héritage d’un champ que nous cultivons pour subvenir aux multiples besoins de la famille. Nous sommes quatre héritiers dont 2 filles et 2 garçons. Comme j’étais encore trop jeune, à l’âge de la puberté quand mon père est décédé assassiné par des bandits à main armées dans notre maison, mon grand frère qui était déjà marié a joué le rôle de responsable de notre famille. C’est à lui que revenait chaque décision. Je me souviens même qu’un jour, il se permettait de dire que nous sommes ses ouvriers moi et mes deux sœurs. Depuis ce temps, mon grand frère ne m’a plus scolarisé et pourtant je devrais commencer l’école secondaire.  Ici au village, quand un jeune n’étudie pas, il doit se marier. C’est sont les deux possibilités que nous offre notre culture.

Ma grande sœur a été la première à se marier parce qu’elle aussi n’étudiait pas non plus. Deux semaines après, je me suis marié aussi illégalement comme j’étais incapable de trouver les chèvres et vaches à donner à la belle famille (dot). Avec mes sœurs, nous nous consolons toujours en disant : ‘’ce qui se perd à gauche, se récupère à droite’’. C’est ainsi que nous avons commencé à cultiver le champ hérité pour subvenir aux besoins de nos ménages. Comme dans notre coutume, la fille n’a pas droit à l’héritage, je me voyais partager les portions des terres avec mes sœurs. J’ai planté des arbres (eucalyptus) dans le champ laissé par papa. Mais à ma grande surprise, après deux semaines, mon grand frère est venu déraciner tout ; c’était un champ de 50 m2.  Je suis venu le rencontrer pour l’interpeler, il m’a dit : ‘’ndaku lumiza’’ pour dire ‘’je veux te faire du mal’’. Mes sœurs l’ont rencontré pour lui poser des questions quant à son refus de planter les arbustes dans le champ. Malheureusement, pendant la discussion il a blessé l’une d’entre elles au bras avec un couteau. Pris de colère, j’ai pensé le faire tuer en le livrant aux ‘’Nyatura’’ (un groupe des bandits vivant dans la forêt, expérimenter dans la tuerie et kidnaping des personnes) ; mais deux jours après, j’ai eu une autre idée, celle d’informer d’abord le chef du village. C’est ainsi que j’ai recouru à la localité pour alerter, le chef du village de Kako. Celui-ci m’a orienté chez un membre du groupe de plaidoyer foncier de Kako pour qu’il intervienne.  Et c’est ce membre qui se nomme «  Dimende » qui nous a convié dans le ‘’Baraza’’ (arbre à palabre) pour résoudre pacifiquement ce conflit qui déchirait notre famille. Chacun s’est expliqué, et voilà que les membres du groupe de plaidoyer foncier nous ont appelé à nous réconcilier pour éviter à payer des frais et des amandes à la police ou chez les militaires. Avec mon grand frère nous nous sommes réconcilier et le groupe de plaidoyer foncier a exigé à mon frère de planter à nouveau les plantules d’eucalyptus qu’il avait déraciné.

Aujourd’hui, je suis heureux de me voir à l’aise dans mes droits. Mon champ d’eucalyptus vient de faire plusieurs mois. De temps en temps, je partage un verre de kasiksi (boisson locale) avec mon frère comme c’était avant.   En âme et conscience, je réalise que le groupe de plaidoyer m’a aidé pour me réconcilier avec mon frère.  Désormais, je sensibilise mes amis à contacter ce groupe en temps des conflits fonciers avec des gens.

………………………

Gaudensia

Mon nom c’est Gaudensia, âgé de 67 ans, mère de huit enfants et marié à Kihunde Alexis âgé de 73 ans. J’habite à Rutshuru. Ma famille biologique m’a éduqué depuis mon enfance que le voisin est un frère le plus proche (‘’Jirani ni ndugu’’ comme nous le disons dans notre tradition) ; mais petit à petit avec l’expérience malheureuse que j’ai connu, je réalise malheureusement que le voisin est un ennemi.

Vers 1972, j’étais commerçante des tomates et c’est le moment où nous étions fiancés avec mon mari qui était enseignant dans une école primaire de la place. Le bénéfice que je gagnais et le salaire que mon fiancé recevait chaque mois, nous ont permis d’acheter une parcelle de 15/10 mètres car nous nous préparions à conclure un mariage civile et religieux.   Dix ans après, nous étions déjà mariés et nous avions construit une maison à ce lieu. Mes fils et filles ont grandi à cet endroit. Certains d’entre eux sont mort et d’autres mariés ; et je suis restée seule avec mon mari. C’est ainsi que mon voisin le plus proche, voyant mon âge avancé et celui de mon mari a amorcé une partie de notre parcelle. Il s’est mis à nous déstabiliser et à nous nuire et pourtant nous n’avions aucun problème avec lui au paravent.

Comme mon voisin est riche, il a construit une maison en dure et il a voulu à tout prix avoir une cour spacieuse ; c’est alors que, par force et sans mon avis, il a déplacé de 1 mètre et demi les bornes qui limitent nos parcelles et il a érigé une cour aux standards modernes. Mon mari étant maladif ne savait pas s’y opposer. J’ai été vraiment blessée de ce comportement.  Je m’étais donné le courage de le rencontrer pour qu’ensemble nous puissions chercher des solutions pacifiques, il m’a chassé de sa maison. J’ai fait recours auprès de sa femme, mais en vain. Cette dernière m’a dit : tu n’as aucun droit de terre ici, d’ailleurs même la portion de terre que tu occupes va m’appartenir et tu vas déguerpir bientôt ! Quelques jours plus tard, ce voisin m’a livré aux agents de « l’ordre » en donnant 25 dollars américains pour que ces derniers puissent m’arrêter, me punir, m’intimider et me torturer. Cela a été fait.

Je suis resté longtemps angoissée et chagrinée car mes droits étaient bafoués même par les autorités de l’ordre à cause de la corruption. Je pleurais en tout lieu et en tout temps, et je priais suffisamment pour que Dieu lui-même puisse me venir en aide. C’est ainsi qu’une femme bénéficiaire de la médiation foncière m’a intéressé et m’a amené au sein du groupe de plaidoyer foncier pour recouvrer mes droits ; mais je n’y croyais pas… J’ai exposé mon problème depuis sa genèse. Ce groupe de plaidoyer a fait une descente sur place pour rencontrer mon voisin. Celui-ci, après beaucoup de négociations et échanges sur ce problème, a été compréhensif et il a été convaincu pour me remettre dans mes droits.

Un bon jour, alors que j’étais encore au lit, mon voisin est venu dans ma maison me demander pardon et solliciter la réconciliation. Moi et mon mari Alexis, nous étions contents de voir se réaliser notre rêve de vivre en harmonie avec ce voisin. Par la grande surprise, devant les membres du groupe de plaidoyer foncier de Kalengera, mon voisin a ému les vœux de remesurer sa parcelle pour revenir aux dimensions de départ. Il a replacé les bornes là où il les avait trouvées.

Aujourd’hui, nous sommes bien et nous vivons en parfaite cohésion sociale avec mon voisin que je diabolisais souvent. Avec mon âge avancé, mon mari et moi prions souvent en disant à Dieu : « maintenant Seigneur, nous pouvons mourir en paix car nous avons eu la tranquillité intérieure ».

…………………

Je m’appelle Bahati Myowe Japhet, citoyen congolais, résident à Kitshanga dans la province du Nord-Kivu. Je suis marié à deux femmes et père de 19 enfants dont 1 filles et 9 garçons. Aujourd’hui je totalise 70 ans d’âge. Depuis ma naissance, je n’avais jamais été en conflit avec personne. Mais le problème de terre qui m’est arrivé en m’opposant avec mon neveu, est le signe de la présence de Satan sur mon parcours de vie ; heureusement que nous avons vaincu.

Je vivais avec mon neveu, le fils de ma sœur qui était décédé pendant la période de guerre. J’ai gardé son enfant chez moi avec affection. L’enfant a grandi jusqu’à l’âge de 25ans. J’avais déjà acheté une parcelle de 30m2 depuis longtemps mais je n’avais pas encore finalisé à payer les frais, il me restait 75 dollars américains. Comme mon neveu travaillait à la fromagerie des moines trappistes de Mokoto en 2008, je lui avais suggérer de payer pour moi les 75 dollars restant pour qu’après, je puisse lui donner une moitié de ma parcelle dans le cadre de l’aider à investir. Il avait obéi et tout allez bien. Tel que convenu, je lui avais cédé 10m/30m. Il a préféré la partie se trouvant le long de la route principale, et il a construit sa maison en planche ; et la même année il a conclu un mariage avec une femme.

En 2013, le Gouvernement congolais a débuté les travaux de réhabilitation routière à Kitshanga en élargissant sa largeur. Par mal chance, notre parcelle a été victime. Cette réhabilitation a emporté 3m et c’était le ¾ de la parcelle de mon neveu que je lui avais cédé. Enervé, mon neveu a voulu me ravir par force la partie qui me restait. Et c’est par là que le conflit a été déclenché.  Pour compatir avec lui et instaurer la cohésion, je lui avais ajouté 2m par grâce mais il refusa.

Vers 2015, Il a porté plainte chez la Police et j’ai été emprisonné deux fois de suite. Chaque fois quand j’étais en prison, je payais de l’argent aux agents de l’ordre pour me libérer. La police a son tour, m’avait transféré au parquet pour comparaitre et attendre le jugement. Aucun jugement n’était fait, et je perdais toujours de l’argent. J’ai fait une année en prison (de 2016 à 2017) sans jugement. J’y suis sortie quand je n’avais plus d’argent à donner. Mon neveu m’a encore livré chez les ‘’bazungu’’ (un groupe armée des rebelles qui terrorisent les gens à kitshanga), … et Chaque jour, je devrais être fouetté comme un animal parce que je n’avais pas d’argent à donner. Dieu aidant, j’y étais sorti… Je n’avais pas de paix et je voulais me suicider voyant le parcours que je traverse. Par chance, je suis tombé sur MWICHO, un de membres du groupe de plaidoyer foncier de kitshanga et c’était mon salut.  Devant le groupe de plaidoyer foncier, j’ai exposé mon problème en long et en large. Ces derniers, ont combattu jour et nuit pour rétablir ma dignité dans une pacification sans précédent. Dans leur ‘’baraza’’, ils nous ont invité, mon neveu et moi, pour nous réconcilier. Après trois séances de suite, nous avons compris que la médiation était la seule voie pour reconstruire notre famille comme avant. Devant mes enfants et les médiateurs, nous nous sommes déchargés l’un envers l’autre dans une confiance sincère. Nous avons vendu la parcelle qui était source de conflit ; et chacun est parti acheter une portion de terre ailleurs. La médiation s’est clôturée par le partage d’un verre amical.

Aujourd’hui, mon neveu me considère comme son premier conseiller dans tout ce qu’il entreprend. Maintenant j’ai la paix intérieure et je suis heureux de vieillir avec une âme apaisée.

……………….

Mon nom c’est Byamungu, marié et père de sept enfants dont 4 filles et 3 garçons. Pendant la guerre de 1993, nous sommes refugiés, ma famille et moi, à Kitshanga ; laissant tout le patrimoine dans notre village (Mokoto). Pendant que nous étions en refuge, mon père est mort. Quand la paix est revenue, trois ans après, nous sommes retournés pour recommencer la vie ordinaire chez nous. Le seul et l’unique champ que mon père avait, je l’avais déjà hérité. En arrivant au village d’un coup, ce champ était vendu au notable du milieu par mon oncle et celui-ci avait immigré vers la ville de Goma. C’est monsieur Rugwiza (nom d’emprunt) qui l’avait acheté et il l’exploitait à son gré. Il disait qu’il aurait donné à mon oncle une somme d’argent qui peut acheter une vache avec trois chèvres… Je ne savais pas par où commencer pour reconquérir mon champ. J’avais tous les documents attestant que le champ m’appartenait mais j’avais la lourdeur de tenter un procès car Rugwiza était un homme riche qui faisait peur au village.

Pendant tout ce temps, je ne savais quoi faire ; mais je souffrais terriblement. Mes enfants n’étudiaient pas faute de moyen. Par chance, l’année passée j’ai vu un homme appelé Makelele venant de kitshanga pour sensibiliser sur la sécurisation des terres, la résolution pacifique des conflits fonciers, le partage d’héritage, … dans notre village. J’étais attentif à ces enseignements car j’étais tellement concerné et édifié. Makelele passait au village entrain de dire : « Tuna tatuwa mizozo ya udongo kwa bure » pour dire, ‘’nous résolvons les conflits fonciers gratuitement sans aucun frais’’ ; C’est par là que j’ai eu le courage de me jeter dans ses pieds pour exposer mon problème. Partant de l’expérience dans mon village, je savais que toute procédure ou plainte était couteux c’est pourquoi j’avais la lourdeur de revendiquer mes droits auprès des services de l’ordre.

Makelele m’a amené à son bureau à Kitshanga pour que je puisse révéler mon dossier et m’exprimer devant le groupe de plaidoyer foncier. Après 5 jours, ce groupe a invité Rugwiza pour qu’ensemble nous puissions chercher la solution à ce conflit. Devant les membres du groupe de plaidoyer, nous avons été confrontés chacun en s’exprimant de sa façon. Rugwiza avait déjà falsifié les documents de la concession prouvant qu’il avait acheté ; et pourtant c’était faux.

C’est après une longue période qu’il a avoué ne pas détenir des documents authentiques pour ce champ, et que c’était simplement une occupation illégale de terre.  Dieu aidant, de cet aveu, la paix a jailli. Rugwiza a lui-même dit ce qui suit : « je viens d’être touché dans ma conscience par vos orientations et votre manière de résoudre les conflits. J’avoue que c’était une malignité de ma part, mais je demande pardon ».

Quand Rugwiza a clarifié ce conflit qui m’opposait à lui, j’ai vite ressenti la joie et un amour particulier à son égard. Devant les médiateurs, nous nous sommes embrassés affectueusement, signe d’une réconciliation gagnée. Quelques jours après cette médiation qui nous a valu la paix, nous avons organisé une fête avec mon ami Rugwiza en invitant les médiateurs du groupe de plaidoyer foncier. C’était une joie immense.

Aujourd’hui, nous sommes devenus des vrais amis et même nos enfants se côtoient mutuellement. Il arrive même que mes enfants aillent passer la nuit chez lui et vice versa. Je suis dans mon champ et je le mets en valeur grâce aux médiateurs qui m’ont sauvé la vie. Quelquefois, pendant la récolte je lui amène quelques bananes ; il les reçoit avec enthousiasme. Vraiment la réconciliation vaut mieux que tout dans la vie.

………….

Je suis BAHUNGA HANGI Victor. Père de seize enfants dont 10 garçons et 6 filles, fruits de deux unions. La guerre qui s’est déroulée ici à l’Est de mon pays (la RDC) m’a rendu un très mauvais service. J’habitais à Kibabi en chefferie de Bahunde dans mon champ de 9 ha, mais avec les évènements de la guerre, je suis devenu déplacé avec ma famille en venant m’installer ici à Masisi centre, une cité située à 87km de la ville de Goma.

Comme la guerre a durée 3 ans, j’ai fait beaucoup de temps sans rentrer chez moi. Un certain RUTWE (nom d’emprunt) qui était chef de poste d’encadrement administratif à cette époque a confisqué mon champ pendant 5 ans. Plus tard, il a fait le morcellement de quatre portions en donnant une partie à la population pour y ériger des maisons d’habitation, une autre partie a été consacré au marché public, l’église adventiste a construit une école primaire sur une autre partie. La partie restante de 3ha qui était vierge et consacrée à l’agriculture était sous jouissance de Rutwe. Quand j’étais parti visité mon champ, je pensais le mettre en valeur comme c’était dans une période où la sécurité était un peu stable. A ma grande surprise, en y arrivant j’étais stupéfait et c’est par là que j’ai eu pour la première fois la gastrite et l’hypertension, …

Je suis revenu en pleurant jusque chez moi à Masisi.  Depuis ce temps, j’ai commencé un tournant amer de ma vie. Je me sentais dépouillé de tout. C’était l’unique champ que j’avais depuis ma jeunesse et qui a fait grandir mes enfants. Je n’avais personne vers qui me tourner et me confier sachant que notre ‘’l’Etat’’ (pour dire Justice, instance judiciaire, tribunal) est tellement corrompu.

Après une longue période d’impasse, je commençais à désespérer car je ne pouvais pas réaliser un miracle pour que le champ me revienne.  Un dimanche, ma femme venait de la messe m’apportant une nouvelle qui m’a embarrassé. Elle m’avait dit ce qui suit : « le pasteur nous a annoncé qu’il y a une organisation non Gouvernementale appelée ‘’Caritas Goma’’ qui a instauré des groupes de plaidoyer pour résoudre pacifiquement les conflits fonciers sans aucun frais à payer ».  Cela me paraissais comme un songe mais c’était une réalité ; et c’était la voie pour mon salut.

J’ai côtoyé le groupe de plaidoyer de Masisi, j’ai exposé mes doléances. Ce groupe m’a accompagné et m’a facilité la tâche pour rejoindre Mr Rutwe chez lui à Kibabi afin que nous puissions trouver une solution adéquate. C’est après beaucoup de séances que celui-ci a avoué que le champ m’appartient. Mais comme la superficie était de 9ha au départ et que la population avait déjà utilisé 6 ha, nous avons convenu que je puisse récupérer les 3ha seulement. L’appui du groupe de plaidoyer m’a été capital car j’ai réussi à trouver un compromis avec Rutwe ainsi que d’autres documents administratifs et cadastraux y relatif.

Aujourd’hui je savoure les fruits de mon champ et ma famille est en joie. Que Dieu bénisse la Caritas Goma qui a initié les groupes de plaidoyer foncier pour résoudre pacifiquement les conflits.

Propos recueillis par Augustin Kandi-Da

Cellule de Communication

 

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