‘’Mon objectif est d’aider les populations à travailler afin d’oublier graduellement les aides extérieures’’, Abbé Richard Muhindo, Directeur de la Caritas Goma

Cellule de Communication | 20 avril 2020 | 2 | À la une , Justice et Paix

Goma, le 20 avrl 2020 (caritasdevoma.org) – Ordonné prêtre en 1991 à la cathédrale Saint Joseph de Goma, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, Abbé Richard Muhindo, est aujourd’hui Responsable de la Caritas Développement Goma (une structure de l’Eglise au service Humanitaire et chargée des projets de développement) depuis le 23 janvier 2020, après sa nomination par l’évêque de Goma, Monseigneur Willy Ngumbi ; et ce, en remplacement de l’Abbé Oswald Musoni, qui assumait alors ladite fonction depuis 1994. Originaire de Vitshumbi, localité se trouvant à 143 km de Goma, abbé Richard se dit plus que reconnaissant de la mission qui lui est assignée par l’évêque et compte bien garder la Caritas Goma au rang des acteurs humanitaires clés au Nord-Kivu. Et pour ce faire, le Spécialiste en Economie Sociale et Solidaire à l’université de Poitiers en France, prône le travail comme clé du développement durable et seule voie pour vaincre la pauvreté qui caractérise la majeure partie de la population du diocèse de Goma. Dans une interview accordée à la Cellule de Communication de la Caritas Goma, il déclare qu’il est plus que temps que  la Caritas Goma encourage nos frères et sœurs à aimer le travail et à quitter ce stade d’attendre l’aide, bien que celle-ci n’est pas à exclure en temps d’urgence, mais le travail doit primer pour un vrai développement individuel et collectif. L’agriculture, l’élevage, la menuiserie, l’apiculture, le commerce,… sont entre autres des voies qui mènent à ce développement intégral. Cependant, l’abbé Richard est conscient que la paix est un concept majeur pour que cette réalité se matérialise. Une paix qui semble malheureusement encore lointaine à cause des guerres à répétition que traverse le Nord- Kivu, voilà deux décennies. Ci-dessous l’intégralité de son interview.

Abbé Richard Muhindo, Directeur Caritas Goma
  1. Cellule de Communication : Vous venez d’être nouvellement nommé à la tête de la Caritas Goma, pouvons- nous savoir comment comptez- vous garder celle- ci au rang des acteurs humanitaires clés au Nord-Kivu et savoir également quelle est votre vision du monde?

Abbé Richard Muhindo : Avant de parler de ma vision du monde parlons un peu de ma vision pour mon pays, pour mon diocèse ou encore pour ma province. Je pense que le monde doit reconnaitre nos capacités. Nous vivons dans un milieu où l’insécurité bat son plein, les tueries par-ci et par-là ; avec comme conséquence majeure la misère. Mais je ne pense pas que cela devrait nous limiter dans notre quête vers le développement ; car nous devons toujours travailler de façon que le monde  ou la communauté internationale nous respecte. Par la suite, nous devons vendre ce que nous produisons et non pas attendre que les autres nous vendent la paix. C’est à nous de savoir capitaliser nos potentialités, nos efforts, nos ressources… La Caritas Goma à une renommée mondiale et sa réputation a toujours été bonne. Quant à ce qui est de l’avenir ou de ma vision, je pars de la réalité que j’ai trouvée ici, et nous allons découvrir ensemble ce que je veux apporter comme petite contribution à ce qui est déjà là, car j’ai trouvé les fondations en place.  Il est temps que la Caritas Goma soit non seulement considérée comme un acteur humanitaire, mais aussi un accompagnateur de nos frères et sœurs qui sont dans le besoin.

  1. Vu le contexte actuel du Nord-Kivu (sécuritaire et maladies) comment comptez –vous, vous y prendre pour que la Caritas Goma continue ses actions dans des zones où les populations ont plus besoin d’elle ?

Ce sont nos frères et sœurs, compatriotes et nous ne devons  pas les abandonner malgré la peur ; car la peur détruit tout l’avenir. Nous devons tous contribuer à la pacification de notre milieu, et d’ailleurs l’évangile le dit : ‘’heureux les artisans de la paix’’. Nous ne devons pas fuir notre responsabilité, mais plutôt donner du courage à nos populations qui ont tant de besoins, mais ces besoins, c’est d’abord la sécurité. Ce qui nous amène à collaborer avec les autorités si bien locales que nationales pour que la paix revienne. Mais d’abord la paix intérieure, la réconciliation  et le vivre ensemble,  un chantier de la Caritas au quotidien. Je me rappelle à une époque, on pouvait voyager nuitamment et cela même à pieds et rien de nuisant ne pouvait arriver ; mais aujourd’hui cela n’est plus possible. D’où est venu cet esprit malveillant qui a semé en nous le mal, la jalousie, l’exclusion ? Nous sommes tous frères et sœurs et chrétiens ou pas nous avons tous été créés à l’image de Dieu et nous devons tous nous soutenir quel que soit notre origine raciale, tribalo-ethnique, sociale. Ce qui pousse la Caritas à œuvrer pour l’égalité de tous. Le vivre ensemble pourra nous aider à développer notre province.

  1. Selon vous, à quand le sevrage des communautés par rapport aux aides ? N’ont-elles pas compris le concept du Développement Durable (autonomisation) que la Caritas Goma prône dans ses différentes approches ?

La guerre nous a suscité à une dépendance extérieure. Il n’y a pas de développement sans paix. S’il y a la paix, les gens travaillent paisiblement et ne seront pas obligés de faire l’exode rural. Notre ville, Goma, est déjà pleine des gens qui avaient leurs champs au village et sont obligés d’être ici où il n’y a pas d’espace pour cultiver. Selon moi, parler de sevrage de nos communautés, c’est seulement quand la paix pourra revenir et que chacun pourra retourner dans son village. C’est pour cela que nous devons œuvrer pour qu’il y ait la paix et cela au niveau international, national ou local.  Nous sommes en train de travailler à ce que la sécurité revienne. Le sevrage ne sera possible que quand il y aura stabilité politique et économique et sur ce point l’Eglise a un grand rôle à jouer avec les autorités locales de la RDC.

  1. Les bailleurs financiers se font de plus en plus rares alors que le besoin reste grand, quelles stratégies comptez-vous mettre au point pour pallier à cela.

C’est vrai que ce sont des gens qui nous aident mais je préfère maintenant qu’ils nous accompagnent. Parce que je pense que nous devons aussi travailler pour notre auto financement, l’aide qu’ils nous donnent ou nous ont donné a servi à aider nos frères et sœurs qui étaient dans le besoin.  Et, nous avons transmis tel que reçu à ceux qui étaient dans le besoin, mais nous, en tant que structure, nous devons penser à avoir des ressources à l’interne pour ne plus dépendre totalement de l’aide extérieure ;  c’est pour cela que nous avons parlé plus haut du sevrage,  ce sevrage doit aussi être fait par nous-mêmes et ne plus vivre dans le fatalisme de demander toujours. Les contributions que nous demandons pour les différents projets que nous exécutons doivent être au moins de 30 % et notre part de 70 %  pour que l’on ne dépende plus  éternellement des bailleurs de fond. A un certain moment, nous devons savoir que les aides que nous recevons en temps de crise, insécurité, guerre sont à considérer comme une aide supplémentaire et non essentielle, c’est cela l’optique à laquelle je voudrais arriver dans les jours à venir et cela à partir d’aujourd’hui. Ils viendront compléter sur ce que nous avons déjà et cela j’avoue que ce n’est pas un exercice facile mais si le besoin est bien localisé et bien réel et si le besoin de la base est bien identifié, c’est facile. Cette année, est une année d’action parce que nous allons travailler partant de nos potentialités.

  1. ‘’Main dans la main pour soulager la souffrance des populations’’ est la devise de la Caritas Goma. N’est-il pas temps de passer à une étape où il faudrait justement guérir les populations une fois pour toute de leurs souffrances ?

Les souffrances font parties de la vie, il y a des moments, heureux et moins heureux dans la vie, nous allons accompagner les populations dans leurs joies comme dans leurs peines, mais pour soulager, moi j’ai comme projet d’éduquer déjà nos populations à la base à aimer le travail.  Voilà ma logique de voir les choses et non la paresse ; savoir récolter ce que l’on a semé et non pas passer toute la journée entrain de tourner les pouces et croire que la manne va tomber du ciel. Dieu aide celui qui s’aide sachant que la paresse, l’oisiveté sont des péchés graves. Et donc, pour moi, cette éducation à la base est de sensibiliser, d’éveiller la conscience de nos populations pour aimer  le travail. Les guerres sont à la base de tout échec, mais avec tout ce que nous avons vécu et connu comme maux, cela devrait nous servir de leçon et nous permettre de nous lever tous pour dire plus jamais ça : Misère et Guerre. Notre pays est un paradis et nous devrons œuvrer pour que cela le demeure. Si les communautés intériorisent cela, nous ne pourrons plus importer du riz, pommes de terre, haricots  puisque notre terre est riche et peut nourrir notre pays. Et si la conscience et l’amour du travail est amené dans nos populations, les choses iront plus facilement. Il ne suffit pas de travailler dans un bureau, il faut aussi penser travailler aux champs…. Moi, j’ai vécu dans des milieux où il n’y a pas de saut métier, du moment où on arrive à réunir les deux bout du mois. Et à part l’éducation de base, nous devons nous réunir en petites coopératives et travailler ensemble pour produire plus dans les champs.

  1. Ne pensez –vous pas qu’il serait mieux que la Caritas Goma génère ses propres fonds pour pouvoir devenir plus autonome et peut être financé des micro-projets dans le Nord-Kivu ?

Par rapport aux micro-projets, ces sont des choses que nous avons faits dans le passé et continuerons à faire. Nous ne devons pas vivre dans une mégalomanie et prétendre que nous devons faire des grandes choses. Nous devons commencer par des petites choses, des micro-projets que nos populations elles-mêmes conçoivent. Nous avons des services, départements  qui aident à mieux améliorer ces genres des projets et les  adapter  à notre réalité. Dans notre monde  règne un capitalisme qui risque de nous conduire vers un individualisme et tuer notre société alors que nous sommes une société où la famille est large et nous devons s’attendre à vivre ensemble même dans les petites choses. Nous ne devons pas être des bureaucrates enfin d’étudier une difficulté et proposer ensemble une piste de solution durable pour un vrai développement où chacun aura au moins à manger. C’est pour cela que mon objectif est d’amener la population à travailler. Pour moi le paternalisme est un signe de sous-développement, nous devons manger comme dit la bible ‘’à la sueur de nos fronts’’ pour sauver nos générations futures.  Et comme je l’ai dit un peu plus haut, je voudrais que la Caritas Goma ne reste pas seulement un acteur humanitaire mais aussi un accompagnateur de nos frères et sœurs pour que nous puissions nous-mêmes subvenir à nos besoins avant de tendre la main vers l’extérieur, voilà ma vision des choses.

Propos recueillis par Lydie Waridi Kone

Cellule de Communicaton

 

 

Related Posts

1 thought on “‘’Mon objectif est d’aider les populations à travailler afin d’oublier graduellement les aides extérieures’’, Abbé Richard Muhindo, Directeur de la Caritas Goma

Répondre à Christophe LETAKAMBA Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Catégories

DEPUIS NOTRE GALLERIE

NOS VIDEOS

L
o
a
d
i
n
g

MAGAZINES