SOS: Situation humanitaire inquiétante à Goma  après l’éruption du volcan Nyiragongo

SOS: Situation humanitaire inquiétante à Goma après l’éruption du volcan Nyiragongo

Goma, le 23 mai 2021 (caritasdevgoma.org) – Intense activité du volcan Nyiragongo depuis ce samedi 22 mai 2021 à Goma à l’Est de la RD Congo.  A la surprise de tout le monde, y compris de l’Observatoire Volcanologique de Goma (O.V.G.), le célèbre volcan Nyiragongo est entré en éruption, 19 ans après son dernier crachement de feu qui avait alors fait une centaine de morts et des dégâts matériels incommensurables, notamment sur les infrastructures sociales de base.

Une équipe de la Caritas Goma évaluant l’ampleur des dégâts causés par l’éruption volcanique du 22 mai 2021.

Jadis traumatisée par le choc de la catastrophe de 2002, la population de Goma et du territoire de Nyiragongo a été prise de panique, et devant cette avancée troublante de la lave volcanique sur la ville de Goma (dans sa partie Nord), des milliers de familles ont choisi de prendre la fuite, qui au Rwanda voisin, qui au sud-ouest de Goma, qui vers la localité de Sake, en territoire de Masisi, sur la route menant à Bukavu, au Sud-Kivu.

Dans cette débandage, des maisons et des boutiques ont été pillées par des personnes de mauvaise foi, des enfants et des personnes adultes vulnérables se sont égarés, des malades ont rechuté dans leur souffrance (malaises), des personnes sont décédées, exposées à divers dangers auxquels elles ont dû faire face pendant cette cavale nocturne, au milieu des milliers d’autres déplacés.

De nombreuses familles ont perdu leurs domiciles et leurs biens de première nécessité, emportés par la lave volcanique. Sans parler de leur bétail retrouvé, dans la plupart des cas, asphyxié par le gaz volcanique ou simplement consumé par le feu.

Une famille assiste, perplexe et sans mot, à la décimation de leur cheptel caprin asphyxié par le gaz volcanique et le feu. Buhene, Goma, mai 2021.

 

 

 

 

 

 

 

Au cours d’un entretien accordé à la cellule de Communication de la Caritas Goma, Riziki Sebishimbo, habitant de Buhene revient sur la soirée du 22 mai 2021: « C’était vers 18h 30, mes enfants m’ont dit que les flammes s’échappaient du volcan Nyiragongo.  Je n’ai pas hésité et j’ai tout de suite commencé à emballer certaines affaires nécessaires telles que les aliments, quelques habits et deux casseroles. Ensuite nous avons pris la direction sud de la ville de Goma pour aller se réfugier au Rwanda. Il y avait plein de monde en débandade en cours de route. Malheureusement, j’ai perdu deux de mes enfants.  L’ainé de 8 ans et le cadet de 3 ans qui était sur  le dos de son frère. Je ne sais vraiment pas quel chemin ils ont pris…et pourtant le point de chute était la grande barrière (Rwanda). A notre retour, nous avons trouvé notre maison d’habitation saine et sauve mais la plupart de nos biens ont été volés. Je ne sais pas où se trouvent mes enfants. Je prie à toutes les personnes de bonne volonté, qui les auraient gardés de les faire arriver au stade de l’unité comme l’ont dit les autorités, et de nous venir en aide ».

D’un air triste, Pascal Birego, habitant de Mudja raconte : « L’information de l’éruption m’est parvenue quand j’étais encore à la boutique au niveau de deux lampes (quartier de Goma). Quand je suis arrivé chez moi vers 19h, j’ai constaté que ma femme et mes enfants avaient déjà pris fuite. J’ai pris mon tricot et je me suis dirigé vers Sake. Tout a été brulé chez moi. Ce n’est pas du tout facile de comprendre et d’accepter ce qui vient de nous arriver car personne ne s’y attendait. Je prie à tous ceux qui le peuvent et de bonne volonté de nous porter assistance car nous n’avons pas où aller, nous ne savons pas quoi faire et je ne sais toujours pas où est ma femme et mes enfants. Je suis vraiment inquiet».

Des infrastructures sociales (centres de santé, écoles, bornes fontaines) sont partis en fumée, notamment dans le faubourg de Buhene (au nord de Goma) qui compte une importante population rurale venue s’y installer en fuyant l’insécurité qui gangrène les territoires de Rutshuru et de Beni, toujours au Nord-Kivu.

Des réservoirs d’eau d’une capacité importante aménagés par l’ONG internationale Mercy Corps et qui desservent plus de cinq quartiers de Goma, ont été partiellement ensevelis par la lave. Un des facteurs qui accroissent les risques de maladies hydriques au sein de la population et des risques de protection liés à la recherche d’eau (sur de très longues distances), tâche malheureusement assumée en premier lieu par les jeunes filles, et qui les expose à des abus et à des violences sexuelles.

Cette population, déjà appauvrie par des années de guerre aux conséquences innombrables, se voit de nouveau contrainte de prendre la fuite en ignorant complètement le contenu du Plan d’évacuation de la ville de Goma -mis en place par le Gouvernement provincial -qui, du reste, n’a pas été suffisamment (et pour certains, pas du tout) vulgarisé. Dans cet état des choses, la Caritas Goma vient de procéder à une analyse des besoins humanitaires urgents qui se présentent comme suit, en ce moment précis:

  1. L’urgence d’apporter une assistance humanitaire en biens de première nécessité aux personnes les plus démunies ayant perdu l’essentiel de leurs moyens de subsistance à la suite de cette éruption volcanique. Dans la mesure du possible, inclure l’aménagement des abris provisoires pour les familles se trouvant sans abri.
  2. L’urgence d’aménager des cliniques de soins provisoires dans des zones touchées par la lave volcanique ou encore d’appuyer des structures sanitaires se trouvant dans des zones de refuge et/ou de retour des personnes sinistrées, afin d’assurer les soins de santé de base des populations les plus affectées par l’éruption volcanique.
  3. L’urgence de mettre en place des activités de prévention des épidémies (notamment du choléra et d’autres maladies d’origine hydrique touchant principalement les enfants), et renforcer les capacités des structures sanitaires à répondre à toute urgence sanitaire qui pourrait naitre de cette situation, y compris la possibilité de la montée (croissance brusque) des cas de Covid-19 due à une certaine baisse de vigilance en ce moment où tout le monde est d’abord préoccupé par l’éruption du volcan.
  4. L’urgence de remettre en place un mécanisme rapide et adapté de recherche d’enfants et d’adultes vulnérables égarés (non accompagnés), investigation et réunification familiale; et ce, sans perdre de temps, étant donné que l’activité sismique du Nyiragongo reste intense et qu’en cas de nouvelles coulées de lave, de nouveaux mouvements de population pourraient causer de nombreux autres cas d’égarement. Ces interventions de réunification familiale seront soutenues par un important volet de sensibilisation utilisant une stratégie et des outils adaptés à la volatilité de la situation.
  5. La nécessité de soutenir les efforts des structures de base et des organismes spécialisés dans l’orientation de la population dans le cadre de la vulgarisation et de la mise en œuvre du plan de contingence et de protection civile pour la ville de Goma.

Ces besoins ne sont pas les seuls, mais sont, en ce moment précis, les plus urgents,  précise le bureau d’Urgence de la Caritas Goma.

Lydie Waridi Kone et Jeannot Kassa, Program Manager/TUINUKE

Cellule de Communication

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